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L’interviewer-interviewé !!!


Pour les 30 ans de France Bleu Gascogne et comme l’émission « Têtes à Packs » diffusée tous les vendredis à 18h15 fait relâche, Pierre Albert Blain a bien voulu se prêter à notre jeu des questions. Ses réponses viennent du cœur et nous souhaitons une bonne lecture à tous les amoureux du Stade Montois, Supporters, joueurs et dirigeants… 

– Peux-tu te présenter en quelques mots et nous dire ce qui t’a emmené au rugby ?

Je m’appelle partiellement Pierre-Albert Blain à l’état civil, dans la vraie vie comme au boulot. J’ai toujours travaillé sous mon nom véritable. Je n’aime pas que l’on se dissimule derrière des pseudonymes. Je suis marié, à une basquaise de Basse Navarre, nous avons deux garçons. J’ai rasé mes restes de cheveux le jour où j’ai croisé un gros plan capillaire de Fabius puis de Garcimore. J’ai grandi en Camargue dans un village de cavaliers, d’amateurs de taureaux, où l’on mange aïoli, tellines, pâté de lièvre et daubes  diverses. Je suis provençal pur jus d’origine, c’est-à-dire un sang mêlé. La précision !…si un provençal vous dit un jour qu’il est sans mélange, c’est un menteur ! Ceci pour la géolocalisation ethnique. Je suis un vrai blond. Je chausse du quarante et un et demi. J’ai débuté le rugby à l’âge de sept ans dans le club de mon village, le siège était dans l’hôtel-café-restaurant de mes parents. Mon papa bien meilleur au football et au tennis qu’au rugby était fan d’Arnaldo Gruarin. Je n’ai jamais joué qu’au poste de demi de mêlée. Planqué au cul des gros ça me convenait. Petit j’allais voir de temps en temps jouer Montpellier, Béziers, Nîmes, Nice ou Toulon.

– Comment es-tu devenu journaliste sportif et quelles sont les études que tu as suivies ?

J’ai voulu devenir journaliste quand j’ai compris que je ne pourrai jamais être champion olympique de slalom. Le ski alpin a été mon sport de prédilection avant le rugby. Je suis devenu journaliste par choix délibéré. A priori je n’avais pas le désir particulier d’être journaliste sportif. J’ai fait des études de Science Politique et de Sciences humaines et j’ai un peu bourlingué loin du Midi après avoir intégré une école de journalisme à Paris laquelle m’a permis d’avoir un petit carnet d’adresses pour débuter. C’était un autre temps où la volonté et un peu de culot suffisait pour se mettre le pied à l’étrier. J’ai vite compris que je n’avais ni le talent ni le courage pour courir le monde. Je suis un méridional qui a besoin de chaleur et de lumière. Et de calme aussi. J’ai eu l’opportunité de travailler à Marseille. J’ai fait mon baluchon rapidos. Quitter Paris !… retour au pays des chocolatines. C’est en entrant à Radio France, par exigence de polyvalence et par goût personnel, que j’ai commencé à suivre le sport.

– Combien de temps te prend le rugby et quels sont les autres sports auxquels tu t’intéresses ?

Le rugby c’est à peu près la moitié de mon temps professionnel, le reste c’est essentiellement le basket, la préparation des chroniques sports, celle des infos pour le week-end, l’organisation générale du service des sports avec mon red’chef et mes collègues. Ce n’est pas la mine ! Je suis payé pour vivre ce que j’aime, un type veinard. Pour ce qui est plus personnel j’affectionne tous les sports où l’eau est glacée, ski alpin, fond, biathlon, hockey, patinage de vitesse, short track, et même curling. Je suis également fan de football anglais exclusivement. Sinon j’aime aussi la formule 1, le cyclisme, l’athlétisme…

– Quels sont les points communs entre le rugby et la tauromachie ?

La tauromachie comme le rugby en France est une culture des suds. J’ai toujours mêlé les deux. Du sud-est au sud-ouest les rubypèdes vont aux arènes, Dufau est l’ami de Tastet et Padilla ou El Fundi sont fans d’ovale. Loulou Gagnière l’ancien président de Nîmes était membre d’un club taurin, Robert Margé l’éleveur de toros est au directoire de l’ASB, Régis Sonnes est inconditionnel de Castaño, François Gelez est dans l’organisation à Tyrosse, Pierre Albaladejo  vit sur les deux rives du même fleuve qui est le cordon ombilical de notre culture patrimoniale. Pour ne citer que ceux-là. Les ponts sont nombreux entre les deux disciplines. Et sans en faire des tonnes, le combat, l’affrontement, la capacité à endurer, le panache, l’esthétique de l’élégance, la loyauté sont de vertueuses valeurs que l’on retrouve dans les deux camps. Le toreo est un art qui naît de l’opposition dans le courage face au danger pour exprimer les sentiments cachés et faite naître le beau et l’incandescent, un raccourci de l’existence aussi. Cela peut aussi s’appliquer au jeu de rugby. « La beauté, la peur, la mort » a écrit Chabrol parlant de la tauromachie. Un instantané existentiel crucial et merveilleux de vingt minutes. Le rugby c’est également dépasser sa propre crainte dans une autre mesure. Quand Julien Cabannes s’oppose à Mathieu Bastareaud c’est du même registre que lorsqu’Ivàn Fandiño monte aux cornes d’un Miura. La mort sur les lèvres du jour comme différence. Fondamentale, il est vrai.

– Si tu n’avais pas été journaliste, quelle aurait été ton orientation ?

Avant d’être journaliste je voulais rentrer en équipe de France de ski alpin. J’ai pris la mesure de mes limites. Il y avait ce type, là, Ingemar Steinmark, qui voulait à tout prix  devenir champion du monde. Je suis un bon camarade et un bon chrétien, je n’ai pas voulu lui faire de peine. J’ai eu surtout des parents formidables qui m’ont aidé à ne pas me mettre des oiseaux qui chantent dans la tête.

– Si l’on te dit diplôme ou vocation, quelle est ta réponse et pourquoi ?

Les diplômes valident une connaissance qui apporte la culture générale et particulière qui sert la vocation. Mozart sans ses gammes c’est madame Michu qui joue dans son salon.

– Que représente le Stade Montois rugby à tes yeux ?

 Le stade montois rugby c’est une culture, un sens du jeu large, au moins dans son essence historique, presque culturelle ici. Ce sont aussi des joueurs d’éternité pour certains. Un génie boustringue, foutrabloque, romanesque et romantique, Patrick Nadal, l’esprit éclairant de ce jeu derrière et qui a eu le bon gout de jouer également à Nice qui est ma ville capitale. C’est  un lien pérenne qui fait vivre un bastion. Et c‘est depuis quinze ans un club qui m’ouvre ses portes et m’offre le plaisir immense de travailler au plus près de l’équipe. Ce sont des relations essentielles comme celle construite de longue date avec Marc Dal Maso par exemple et quelques autres fripouilles ovales qui ont joué ou continuent de jouer. C’est  un attachement intense et respectueux à ces mecs-là. Y compris quand ils me déçoivent ou m’exaspèrent. Et c’est tellement plein d’autres choses encore. Et c’est aussi Dax, quitte à vous déplaire, qui dans un autre moule me permet de  m’insérer dans ce monde et ses territoires particuliers, monde auquel j’ai l’ambition et la vanité de croire que j’appartiens un peu. J’aime les joueurs au-delà du jeu pour leurs grandeurs et leurs faiblesses.

– Quels sont pour toi les points positifs ou pas à retenir de cette saison en Top14 ?

Le point négatif c’est le départ de Dal Maso. Je pense que la permanence est gage du succès construit et de la longévité de la qualité. Lorsque Marc est parti j’ai dû recevoir plus de vingt appels de joueurs actifs ou retirés, de techniciens, de dirigeants, de journalistes qui ne comprenaient pas qu’il mette un terme à un chantier qu’il était en train de bâtir, un édifice solide. La valse des entraineurs à Mont- de- Marsan comme ailleurs c’est nuisible. Autre agacement, certains gros salaires qui ont fait «  Club Med » toute la saison dernière. Le Stade Montois n’est pas un club de mercenaires et de pré- retraités recyclés. On n’est pas à Lyon. Le point positif ce sont les gamins formés ici et qui sont à éclosion belle, Cabannes, Dubié, Durquet, Claverie, Brethous, Bordes et une poignée de types déterminés, jeunes et plus âgés, français ou pas, autour de Lucu ou de Ricaud, qui se sont battus comme des loups avec honneur et constance. Les tire-au-flanc ont les as vu bailler !

– Est-il facile d’avoir des infos du stade Montois pour venir étayer ton émission ?

J’ai connu quatre présidents, Nadal, Dauga, Cazaubon et Cazaux. Le premier est un sentimental créatif lumineux, le deuxième un donjon qui a sauvé la maison montoise à la grinta, le troisième un fou furieux qui a fait entrer le club dans le troisième millénaire et auquel un jour on rendra hommage, le quatrième un gestionnaire qui  nourrit et valide la santé comptable indispensable du club en des temps difficiles et qui supervise en patron. Ils m’ont tous aidé à ce que mon travail soit plus simple, plus commode et je n’ai jamais eu à me plaindre d’une quelconque forme d’ostracisme bien au contraire. C’est encore le cas aujourd’hui. Le club me facilite largement la tâche et je lui en sais gré. Dans ma carrière cela n’a pas toujours été le cas, notamment à Béziers ou Narbonne, donc j’apprécie et je savoure.

– De quelle façon te prépares-tu avant de commenter un évènement ?

Je bosse. Pour ce qui est du Stade je vais à au moins deux entrainements dans la semaine et je parle beaucoup avec le staff et les joueurs, ceux qui jouent comme ceux qui ne jouent pas. Je prends l’humeur des vieux fidèles de la main courante, de la Peña Sato indispensable fournisseur de sensations. Pour les équipes adverses je  travaille les stats, le jeu, je regarde les matchs, j’appelle des contacts, des confrères – le réseau France Bleu-Radio France ! Riche, très riche en infos- les entraineurs et des joueurs retirés que je connais.

– Qui décide à France bleu Gascogne de ce qu’on peut dévoiler ou pas ?

Moi-même, avec l’accord de mon rédacteur en chef Eric Ballanger et du directeur Henri Stassinet, les deux ne sont plutôt pas mauvais en rugby !

– Quelles particularités a selon toi l’équipe jaune et noire par rapport aux autres clubs pro ?

Sa culture de club, sa résistance aux nuisances extérieures et aux tentatives iniques de déstabilisation organisées par certains barons du rugby français notamment ceux qui ont déclaré ou appuyé la déclaration selon laquelle il serait préférable de voir Lyon ou Nantes ou Strasbourg en élite plutôt que Mont-de-Marsan. C’est indigne. Et puis, aussi, cette spécificité qui heureusement perdure dans le club et qui permet de faire éclore Tales, les Cabannes, Suta pour ne citer que les derniers premiers de la classe et tous les gamins qui  ont été formés au club et jouent en équipe première.

– Que doit-on améliorer pour bien figurer en Pro D2 ?

La rigueur, sans en faire des moines l’exigence dans l’hygiène de vie des joueurs, la variété dans le jeu, le sens de l’offensive. Boni et Darrouy ont raison, putain ! Sortir des codes, ne pas se fixer sur un zonage territorial mais laisser vivre. De la maitrise technique organisée bien sûr pour voler sur les ailes du vent bon sang ! Revenir à l’intelligence situationnelle chère à Villepreux. Les attaquants ont des qualités, il faut cesser de les brider. Je n’appelle pas à un hourra rugby mais à une possible créativité, à une prise de risque, à la liberté non conditionnelle du talent. Je ne veux pas voir Martin Jagr ou Ximun Lucu sombrer dans la neurasthénie ! On a des gros devant qui peuvent être dans l’excellence de la conquête, qui sont capables de faire la différence et d’ouvrir des brèches, offrons des opportunités vraies aux coureurs. Le rugby c’est la vie, le bonheur, pas la frustration ni le bande mou ! Je ne suis pas naïf, il faut gagner les matchs, mais vaincre sans grâce c’est se condamner au médiocre et donc se priver de la mémoire à court terme. C’est s’appauvrir aussi.

– Quelles équipes doit-on craindre ?

Toutes. Pas de tri sélectif. Si tu ne crains pas ton adversaire, tu morfles et tu meurs.

– Quelles sont tes impressions sur l’équipe et sur le nouvel entraineur ?

Vive Laussucq ! J’ai eu peur un moment que Tim Lane  débarque. Ce n’était pas à mon avis le bon choix, tout au contraire et je dis cela quel que soient  ses résultats à venir à Lyon. Laussucq est un aboyeur, un technicien, un malin intelligent, un caractère et un bosseur. Il y a besoin d’ordre dans ce groupe et de remettre certains à leur juste place. Et Laussucq en plus – c’est dingue- parle couramment français et aime sa terre ! Quant au groupe, la colonne vertébrale qui a fait ses preuves a été sérieusement renforcée par des arrivées judicieuses au regard du contexte financier. Il faut que tout cela se mette en place. J’attends de voir les deux Fidjiens et Augustin Ormaechea entre autre.

– Depuis le temps que tu suis le stade, t’a-t-on proposé le poste de manager ?

Le poste de manager, quelle curieuse idée vraiment ? Chacun à sa place et doit y demeurer. Les joueurs jouent, les entraineurs entrainent, les présidents président et les commentateurs commentent.

-Ton meilleur et ton pire souvenir de commentateur ?

Un match de Nîmes à Tyrosse il y a vingt ans. Je rentrais d’Espagne, chargé ! J’avais accepté de passer par la côte en regagnant le Gard pour assurer la retransmission. Un calvaire ! Je ne sais plus qui a gagné. Je sais seulement que cela a sans aucun doute été les quatre-vingt minutes les plus longues de ma carrière au vue de l’état de mon foie et de mon crâne.

Le meilleur souvenir, sans conteste, la finale d’accession du Stade Montois face au Racing. La folie, la chaleur, le scénario impossible, jusqu’au bout de l’histoire, des mecs cramés qui vont au-delà d’eux-mêmes, la transcendance dans la victoire et trois heures et demie de direct intégral ! Un match gagné à la couenne face à une équipe de millionnaires dirigée par un mage Augustin Pichot. Et la fin où je disjoncte. Et les mollets de Yannick Lafforgue, au vestiaire, durs comme l’acier, et la bière dans le curieux  silence du couloir sombre tout de suite après, assis par terre, comme si personne ne croyait au truc. Putain que c’était beau.

– Quelle valeur accordes-tu aux supporters et au site forum du stade Montois ?

Le site du stade est incontestablement un lien social et une manière de vivre au mieux le club et l’équipe, de partager. Il y a de la pertinence souvent dans les remarques. On y  trouve de la virulence active, de la connaissance réelle, du commentaire intelligent, de la vie en tranches et aussi de la vilaine bêtise même si ce site est extrêmement modéré. Et c’est tant mieux.

– Peux-tu nous parler de la future présentation des joueurs ?

Présentation des joueurs aux partenaires le 10 juillet au stade dans le nouvel espace réception.

Aux supporters, comme l’an dernier, au fronton, en ouverture des fêtes de la Madeleine. J’en profite pour rassurer certains inquisiteurs inquiets et ainsi tuer la petite rumeur malsaine, je fais cela par plaisir, par amitié, par goût pour le club, ceux qui y jouent et ceux qui le dirigent, et de manière totalement désintéressée.

Merci encore à PAB pour ses réponses.

Alinfilou et J&N pour le site-forum des supporters.

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